Six femmes qui ont marqué l’Histoire du Féminisme

L’objectif n’est pas de hiérarchiser l’importance de ces femmes, aux parcours divers, dans le mouvement féministe, ni de dresser une liste exhaustive, mais de contextualiser leur aventure sur plus de 200 ans d’Histoire.

Olympes de Gouges (1748 – 1793)

Quand les prémices de la Révolution Française approchent, cette femme engagée est quadragénaire. Olympes de Gouge a déjà quelques actions à son actif, notamment contre l’esclavage : elle publie la pièce de théâtre « L’Esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage » (1785), rédige la publication « Réflexions sur les hommes nègres » (1788). Marie Gouzes, de son état civil, est aussi reconnue pour son combat pour la défense des droits des femmes. Dès 1786, elle est l’auteure de la comédie « Le mariage inattendue de Chérubin » pour dénoncer les mariages forcés des filles. Dans sa préface, elle écrit pour affirmer son émancipation des hommes : « Je suis femme et auteur, j’en ai toute l’activité ».

Plaque commémorative, rue Servandoni à Paris, où Olympe de Gouges résida.

Un de ses écrits les plus célèbres du grand public est son projet de Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (septembre 1791). Elle est construite en pastiche de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789, dont étaient exclues les femmes. L’adoption du texte fut refusée par le régime de l’époque, la Convention. De l’article X, on retient cette célèbre phrase : « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit également avoir celui de monter à la tribune » , en référence à la mort de la reine Marie-Antoinette.

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », résume l’état d’esprit qui animait la révolutionnaire Olympe de Gouges, guillotinée le 3 novembre 1793.

Lü Bicheng (1883 – 1943)

La rédactrice en chef du journal chinois Dagongbao, de 1904 à 1908, a marqué de son empreinte le combat pour l’émancipation des femmes par un mode de vie anticonformiste. Lors d’une réunion, elle fait notamment sensation avec une tenue (photo ci-dessous) considérée comme osée pour l’époque : une robe sans manches avec un décolleté carré et une plume de paon dans ses cheveux.

Lü Bicheng refuse également de se marier dans le seul objectif de répondre aux conventions sociales, sans être amoureuse, afin d’affirmer sa liberté de femme. Elle publie des articles et poésies en faveur des droits des femmes.  Elle participe au projet d’ouvrir une école des femmes à Beiyang à partir de 1904, dont elle deviendra responsable par la suite.

Lü Bicheng a toujours refusé l’emprise des normes sociales pour s’affirmer comme une femme libre d’esprit.

Sidonie-Gabrielle Colette (1873 – 1954)

Des six femmes, c’est celle où le terme de féministe est le plus sujet à débat, le plus complexe à définir, insaisissable comme son personnage. Toutefois, sa liberté de vie, de ton en font un symbole d’émancipation de la femme.
« Je veux faire ce que je veux ». Cette phrase de Colette décrit sa conception de la vie, où elle ne souhaite pas se faire imposer ses choix : « Un féminisme du quotidien », décrit Gérald Bonal, auteur de sa biographie, au quotidien l’Yonne Républicaine. Pour autant, elle n’est ni une féministe de mouvement, ni militante. Si elle se décrivait comme une féministe d’un « point de vue social », elle prononçait parallèlement des mots très durs vis-à-vis des Suffragettes : « elles méritent le fouet ou le harem ».

Photo issue des albums Reutlinger conservés par la Bibliothèque nationale de France

La sexualité de  Colette n’est pas tabou ni dans sa vie, ni dans ses textes. En 1907, le Moulin Rouge programme « Rêve d’Egypte », où à la fin du spectacle Colette embrasse sa partenaire de scène. Dans son ouvrage « Le pur et l’impur », elle aborde des sujets comme le plaisir ou l’homosexualité.

Colette représente la variété du mouvement féministe : défiante vis-à-vis de certains groupes activistes médiatiques mais pratiquante en son for intérieur avec l’affranchissement des mœurs de son époque.

Simone Veil (1927 – 2017)

Impossible de ne pas citer Simone Veil dans cette liste, figure du féminisme décédée en juin dernier. Après avoir survécu à la barbarie nazie durant sa jeunesse, la magistrate devient ministre de la santé du gouvernement Chirac en 1974. Dans contexte où les avortements se déroulent en catimini et des conditions précaires, elle décide de défendre une interruption volontaire de grossesse (IVG). Il va s’en suivre des lettres d’insultes, de menaces de mort. Au sein même de l’Assemblée nationale, les discours sont violents, comme le député Jean-Marie Daillet qui compare l’IVG à des «  fours crématoires ». Après 25 heures de débats, et 284 contre 189 voix contre,  la loi IVG sera votée le jeudi 28 novembre 1974.

Vidéo de son discours à l’Assemblée nationale :

Avec cette loi IVG, Simone Veil s’est imposée comme une figure emblématique du féminisme français.

Meaza Ashenafi ( 1964 – )

Photo de profil twitter

Ancienne juge, l’avocate éthiopienne, fonde en 1995, « Ethiopian Women Lawyers Association » qui offre une aide juridique aux femmes victimes de violences, travaille sur des programmes d’éducation publique et de réformes légales. Cette femme, venue d’un milieu défavorisé, défend l’année suivante Aberash Bekele. Cette adolescente de 14 ans est jugée pour le meurtre de l’homme qui l’a enlevée et violée afin de l’épouser. Elle encourt une peine de vingt-cinq ans de prison. Meaza Ashenafi plaide la légitime défense qui n’a jamais été accordée à une femme en Éthiopie. En 2015, cette histoire sera adaptée au cinéma sous le nom de « DIFRET » qui signifie aussi bien  »courage » que  »viol » en ahmaric. Depuis 2004, ces enlèvements sont interdits en Ethiopie.

Bande annonce du film :

Meaza Ashenafi s’exprime ouvertement contre les stéréotypes auxquels les femmes sont confrontées dans la société éthiopienne. En 2011, Meaza Ashenafi participe activement à créer la première banque de femmes en Éthiopie, appelée  »Enat » (« maman »).

Meaza Ashenafi se révèle une pionnière des droits des femmes en Ethiopie. Elle consacre son action, à faire évoluer les lois, les mentalités, à créer des programmes, pour permettre l’émancipation de la femme éthiopienne.

Malafa Yousafzai (1997 – )

C’est la benjamine de la liste. Malafa Yousafzai, adolescente pakistanaise, prix Nobel de la paix en 2014, est devenue un symbole du droit à l’éducation des jeunes filles. Elle se fait connaître dès ses 11 ans où elle dénonce l’extrémisme religieux qui détruit les écoles et impose la charia. A l’âge de ses 15 ans, elle est victime d’un attentat revendiqué par les talibans. Elle reçoit une balle en pleine tête dans le bus scolaire. Elle survit miraculeusement à cette attaque, après avoir été opérée en Angleterre. Elle réside depuis avec sa famille sur le sol britannique. Elle reçoit ensuite de nombreux prix récompensant son engagement. En 2013, elle signe un discours poignant devant l’assemblée de l’Organisation des Nations-Unis.

Vidéo

« Moi, Malala je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans », titre de son livre paru en 2013, décrit la voie choisie par Malafa Yousafzai de son militantisme contre l’oppression dogmatique.

On a aussi pensé à :

  • Marie Brizard (considérée par des historiens comme la première femme d’affaire),
  • Georges Sand (écrivaine),
  • Lydia Becker (figure des Suffragettes en Grande-Bretgne),
  • Hubertine Auclair (combat pour le droit de vote des femmes au début du XXème siècle),
  • Simone de Beauvoir (écrivaine),
  • Mona Eltahawy (publications sur la misogynie, le féminisme dans la religion musulmane),
  • Sarojini Sahoo (figure actuelle du féminisme en Inde).

Bonus 

Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Pourquoi un 25 novembre ?

Les sœurs Mirabal (Patria, Minerva et Maria décédées en 1960)

Timbre à l’effigie des trois sœurs

On ne connaît pas toujours leur histoire et pourtant l’Organisation des Nations-Unis a consacré une date en leur mémoire : le 25 novembre, journée de lutte contre le violences faites aux femmes. Elles ont été assassinées cette nuit-là sur une route de République Dominique. Celles qui se faisaient appelées les « Mariposas » (papillon en espagnol) ont été retrouvées dans leur voiture en bas d’une falaise, tuées à coups de machette. Elles étaient des opposantes au dictateur en place Trujillo.

Julien Morin

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